TITE-LIVE, Histoire romaine,
Livre I,

Les Horaces et les Curiaces.


MICHELET, Histoire romaine, Livre I, Chapitre I, Les Horaces et les Curiaces.

    Heureusement l’histoire de Tullus Hostilius nous fait sortir de ces puérilités romanesques. Ici la rudesse du génie national a repoussé les embellissements des grecs. C’est un chant tout barbare : Horace tue sa soeur. Le père déclare que sa fille a été tuée justement, et qu’il l’aurait tuée lui-même. Voilà ce terrible droit du père de famille sur ceux qui sont en sa puissance (sui juris), droit qu’Amulius a déjà exercé sur les deux fils de sa nièce Ilia. Enfin l’épouvantable supplice dont Tullus punit la trahison du dictateur d’Albe, nous replace dans la réalité historique, et nous rappelle à ces moeurs féroces, que les molles fictions des grecs nous faisaient perdre de vue tout à l’heure.
    Sauf la diversité des embellissements poétiques, et la multiplication des combattants par trois (un pour chaque tribu), le combat des Horaces et des Curiaces répond à celui de Romulus et Remus. Si les combattants ne sont plus frères, ils sont alliés. De même que Romulus, Remus sont deux formes du même mot, Horace doit être une forme de Curiace ; ainsi chez nous Clodion, Hlodion, suivant la véritable orthographe ; Clotaire, Hlotaire ; Clovis, Hlodowig ; Childeric, Hilderic ; Hildebert, Childebert ; Chilpéric, Hilpéric ; etc. curiatius curia) veut dire noble, patricien (janus curiatius ). Ce combat n’est autre que celui des patriciens des deux pays. L’hymen et la guerre se mêlent comme dans l’histoire des Sabines. Ici l’héroïne est une Romaine, elle intervient aussi, mais trop tard pour séparer les combattants. La guerre finit comme le combat de Romulus et Remus, par un parricide. Horace tue sa soeur ; Rome tue Albe, sa soeur ou sa mère, ce qui est peut être la même chose individualisée par la poésie ; un nom de femme pour un nom de cité. Mais il fallait justifier ce meurtre de la métropole par la colonie. Les Romains ne pouvant faire que des guerres justes, il faut qu’Albe ait mérité son sort. Que fera l’historien ? Sans s’inquiéter de la vraisemblance, il soulève Fidène, colonie récente de Rome, et donne ainsi occasion à la trahison du dictateur d’Albe, Métius Suffétius, dont il avait besoin pour motiver la destruction d’Albe et la translation des Albains à Rome.

retour