Concours du GELAHN 2009
Elèves de terminale

VERSION LATINE

Charles POREE (1676-1741), Brutus, Acte V, scène V, vv. 1267-1290, 1708.

BRUTUS

    Mon amour paternel s'est assez déclaré pour mes enfants. Puissé-je ne pas déplorer de vous avoir si longtemps aimés, vous qui ne le méritez guère! Je déplore seulement qu'il me soit désormais interdit d'aimer pieusement des perfides : je vous aime pourtant, même perfides, même avides de mon sang; croyez-en, tous deux, votre père; quoique le sacrilège, par vous entrepris, soit inouï et abominable, je le supporterais pourtant sans en tirer vengeance et j'étoufferais au fond de mon coeur cette souillure, si votre fureur visait votre père seul. Mais elle vise et la Patrie et Rome, dont il faut sauvegarder les lois et qu'il faut venger, pour qui il fallait que vous enduriez mille morts et pour qui il vous aurait été doux de le faire, mes fils, si votre âme était romaine. Mais le Sénat ne peut, comme il voudrait, vous arracher à la mort, vous qui vous êtes rendus coupables d'un si grand crime, et les Dieux, eux-mêmes, ne vous pardonneraient pas avec raison. C'est Rome qui vous condamne, au nom des pères et des Dieux, et ordonne à Brutus de décider des châtiments vengeurs. Il est cruel de suivre les ordres de la Patrie, quand elle ordonne que le châtiment frappe le vengeur de la Patrie et que le vengeur du crime se prive d'une partie de lui-même. Aussi cruels que soient les ordres, il faut néanmoins obéir. Il faut exaucer le serment qui me lia aux Dieux. Il faut aller mourir; allez offrir votre tête à la hache!

Traduction d’Edith Flamarion, in Théâtre jésuite néo-latin et antiquité: Sur le Brutus de Charles Porée (1708), collection de l’Ecole française de Rome.


retour