Concours du GELAHN 2008
Elèves de terminale

VERSION LATINE

Jacques-Auguste de THOU (1553-1617), Historiae sui temporis.
Traduction in Histoire universelle, avec la suite par Nicolas Rigault, les Mémoires de la vie de l'auteur, La Haye, 1740.

    Tandis que le Prince était encore à la Cour, il montra au Roi en badinant, des lettres que lui écrivait Louis de Clermont d’Amboise, Sieur de Bussy. Comme ce Seigneur était fort familier avec son jeune maître, il lui mandait qu’il avait tendu des rets à la bête du Grand-Veneur, et qu’il la tenait dans ses filets. Or cette bête du Grand-Veneur était la femme de Charles de Chambes, Comte de Monsoreau, à qui le duc d’Anjou avait donné cette charge à la recommandation de Bussy. Le Roi avait gardé ces lettres ; et comme il y avait déjà longtemps qu’il en voulait à Bussy, dont il ne pouvait supporter la fierté et la pétulance, il résolut de saisir cette occasion pour satisfaire son ressentiment. (…)
    Le Roi tira donc un jour en particulier le Comte de Monsoreau, qui se trouvait alors par hasard à la Cour ; et après lui avoir montré les lettres de Bussy, il lui dit qu’il s’intéressait trop à l’honneur de sa maison et à sa propre gloire, pour vouloir lui faire mystère d’un affront aussi sanglant ; qu’au reste il ne croyait pas nécessaire de l’avertir du parti qu’il lui convenait de prendre en pareille occasion : après quoi il le congédia. Le Comte sortit de cette conversation animé du désir de se venger, non seulement par le ressentiment de l’outrage qu’il avait reçu, mais encore parce que le Roi semblait lui faire entendre qu’on le regarderait comme un lâche, s’il ne savait pas en tirer raison. Il se rendit chez lui en diligence, et il obligea sa femme d’écrire à Bussy pour lui donner un rendez-vous à Coutancière. C’était un château de plaisance très avantageusement situé pour la chasse. Bussy s’y était rendu le 19 août sur le soir, suivi du seul Colladon son confident, lorsqu’il se vit attaqué par le Comte de Monsoreau lui-même à la tête de quelques autres, tous couverts de cottes de mailles. Il ne se déconcerta cependant point ; et quoique seul contre plusieurs, il poussa d’abord très vivement ces assassins. Enfin accablé par le nombre et ne trouvant plus de ressource dans ses forces épuisées par un long combat, il voulut se jeter dans le fossé par une fenêtre ; et dans ce moment-là il fut tué par derrière.
    Cet assassinat fut la source d’une inimitié mortelle entre les Bussy et le comte de Monsoreau.


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