Concours du GELAHN 2008
Elèves de seconde et de première

VERSION LATINE

François-Joseph DESBILLONS (1711-1789), Fables, 1779.
Traduction de l'auteur:
FABLE
Le Moucheron.


    Un moucheron, né de la lie d’un tonneau mis à sec, volait d’une aile légère, et se hâtait de parcourir l’espace du grand vide ; car c’est ainsi qu’il nommait le lieu où son errante légèreté le promenait ; mais bientôt il arrive à l’entrée du robinet ouvert ; il s’arrête ; et plein d’étonnement, saisi de crainte : « Que m’annonce, dit-il, l’ouverture de ce gouffre large et profond ? Ne m’a-t-on point dressé là quelque piège ? Je sens cependant l’impression d’une douce lumière qui semble me promettre quelque chose d’agréable. Quoi qu’il en soit, je veux tenter l’aventure. » En même temps il s’avance courageusement ; mais lorsqu’il est parvenu, tantôt volant, tantôt rampant, jusqu’à l’extrémité du canal : « Où suis-je ? s’écrie-t-il. Quel nouveau monde ai-je découvert ? Que son étendue est vaste, et que celle du tonneau, comparée avec elle, est peu de chose ! » Il entre aussitôt dans la cave, et s’empresse de la parcourir d’un bout à l’autre. Il rencontre un soupirail ; il s’y jette avec intrépidité : le voilà dehors ; et c’est ici que son admiration est sans bornes, et qu’il n’a plus que du mépris pour la grandeur de la cave, lorsqu’il contemple l’espace immense des régions de l’air.
    Pauvres hommes, tous ces objets qui vous paraissent grands, ne le sont pas ; attendez : vous connaîtrez bientôt leur extrême petitesse.


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