Concours du GELAHN 2003
Elèves de terminale

VERSION LATINE

Condamnation des richesses.

François PETRARQUE (1304 – 1374), De vita solitaria, livre II, § 17.

Traduction :
    Nul ne nous abusera, nul ne nous persuadera qu’il nous faille […] disposer de grandes richesses : elles ne sont pas une aide, mais un obstacle ; un poids, pas un allègement. Jusqu’à cette vie, c’est d’une ascension qu’il s’agit ; qui, au moment de l’entreprendre, s’encombre de charges inutiles et s’embarrasse de liens ? Rien n’est plus pesant que l’or, rien ne retient davantage : il ne faut le désirer, il ne faut l’aimer que dans la stricte mesure où il subvient à la nécessité ; lorsqu’on cède à la cupidité, rien plus que l’or ne fait fléchir, plier, tomber : doit-on s’étonner qu’issu de la terre son propre poids l’entraîne vers la terre ? Il ne convient pas à une âme d’origine céleste d’être écrasée sous des fardeaux extraits des entrailles de la terre, d’être souillée par ses dépôts ; l’or montre un éclat, un brillant qui se jouent des sens, mais à l’âme, qu’apporte-t-il ? Ténèbres, épines, barbelés des tristesses affairées, poignantes ; et plus il semble pur, plus il est corrompu par des maux secrets. Les richesses ne viennent jamais seules ; elles mènent avec elles tout un cortège de malheurs, des peines innombrables, des occasions de péril infinies.
Par Christophe CARRAUD, éditions Jérôme MILLION, 1999.

Autre traduction:
    Personne ne pourrait nous tromper, personne ne pourrait nous persuader qu’il faut rechercher de grandes richesses: elles ne sont d'aucun secours, mais elles sont un obstacle, elles oppriment et ne libèrent point. La voie qui conduit à cette vie est ascendante: aucun homme, s'apprêtant à cette ascension, ne se charge d'un fardeau inutile ni ne s'entrave par des liens. Rien n'est plus lourd et plus tenace que l'or: il ne faut vraiment ni le désirer ni l'aimer, sauf dans la mesure où il pourvoit à nos besoins. Car lorsqu'on cède à l'avidité, il n'est rien, davantage que l'or, qui fasse courber celui qui le porte, ne le jette à bas et ne l'écrase au sol. Il ne faut pas s'étonner si, né de la terre, il est par son propre poids appelé à y retourner. Il ne convient pas à une âme d'origine céleste d'être ensevelie sous une charge extraite des anfractuosités de la terre, d'être souillée par ses sédiments ; sans nul doute, l'or est si coruscant et si poli qu'il trompe les sens, mais il procure à l'âme des ténèbres, des épines, des tribulations, des tourments tristes et déchirants, et plus il semble pur, plus il est contaminé par des maux invisibles. La richesse ne vient jamais seule, elle porte avec elle des maux nombreux et variés, de multiples soucis et motifs de dangers.
Par Pierre MARECHAUX, éditions Rivages poche/Petite bibliothèque, 1999.




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