Concours du GELAHN 2003
Elèves de seconde et de première

VERSION LATINE

Le Satyre et l’homme

Didier ERASME (1469 – 1536), La Langue , in Desiderii ERASMI Roterodami Lingua, sive De Linguae usu atque abusu liber utilissimus (pp. 301-302, éd. 1649).

Traduction :
    Les Anciens croyaient qu’il y avait, dans les forêts , des satyres, mi-hommes, mi-boucs, mais railleurs en tout cas. Ils racontent que l’un d’eux, poussé par la rigueur de l’hiver, se réfugia dans la cabane d’un paysan. Il fut reçu près du foyer, et, comme cette espèce est très curieuse, il remarqua que son hôte soufflait dans ses mains. Il lui demanda pourquoi il faisait cela. L’autre répondit : « Pour réchauffer mes mains. » Comme ils étaient allongés à table, l’hôte, de nouveau, souffla sur sa bouillie d’orge trop chaude. Le satyre, étonné, demanda pourquoi il faisait cela. « Pour refroidir ma bouillie trop chaude », répondit-il. Alors le satyre : « Qu’entends-je ? Tu souffles en même temps et de la même bouche le chaud et le froid ? Je n’ai pas envie de partager une maison avec une telle créature ». Il se leva et retourna dans sa solitude, aimant mieux y avoir froid qu’être réchauffé auprès d’un tel hôte. Et pour qu’on trouve moins étonnant ce qui avait provoqué la surprise du satyre, les philosophes se sont torturé l’esprit de savoir comment il se fait que le souffle de tous les hommes échauffe quand on l’exhale la bouche ouverte, et refroidisse quand on le fait sortir par un passage étroit, les lèvres serrées. La plaisanterie de cet apologue, qui n’est pas inutile, doit au moins nous avertir de nous détourner de la fréquentation des hommes au double langage, qui déclarent que le bien est mal, et que le mal est bien, qui font des ténèbres la lumière, et de la lumière les ténèbres, qui font passer pour amer ce qui est doux et pour doux ce qui est amer.

A comparer avec: AVIANUS, Fabulae, IVe siècle ap. J.-C ( ?).

XXIX. [DE VIATORE ET SATYRO]

Horrida congestis cum staret bruma pruinis,
    Cunctaque durato stringeret arva gelu,
Haesit in adversa nimborum mole viator;
    Perdita nam prohibet semita ferre gradum.
Hunc nemorum custos fertur miseratus in antro        5
    Exceptum Satyrus continuisse suo.
Quem simul adspiciens ruris miratur alumnus,
    Vimque homini tantam protinus esse pavet.
Nam gelidos artus vitae ut revocaret in usum,
    Afflatas calido solverat ore manus.                    10
Sed cum depulso coepisset frigore laetus
    Hospitis eximia sedulitate frui,
Namque illi agrestem cupiens ostendere vitam,
    Silvarum referens optima quaeque dabat,
Obtulit et calido plenum cratera Lyaeo,                15
    Laxet ut infusus frigida membra tepor.
Ille ubi ferventem labris contingere testam
    Horruit, algenti rursus ab ore reflat.
Obstupuit duplici monstro perterritus hospes
    Et pulsum silvis longius ire iubet:                        20
« Nolo, ait, ut nostris umquam succederit antris,
    Tam diversa duo qui simul ora ferat. »



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