Concours du GELAHN 2001

Traduction de la version latine

Voici ce qui se passerait si un bœuf ou tout autre animal de ce genre qu'on immole pour apaiser ou adoucir le courroux des dieux prenait voix humaine et s'exprimait en ces termes :
"O Jupiter ou quelque autre dieu que tu sois, est-il donc humain, juste ou digne de considération que, pour la faute d'un autre , c'est moi qui sois immolé et que tu souffres d'obtenir satisfaction de mon sang, alors que je ne t'ai jamais offensé, alors que je n'ai jamais profané, sciemment ou non, ta puissance et ta majesté, moi qui suis, comme tu sais, une bête brute ? Quelle raison y a-t-il donc pour que le crime d'autrui soit payé de mon sang et que ma vie et mon innocence soient livrées pour une impiété qui n'est pas de mon fait ? Est-ce parce que je suis un vil animal, dépourvu de raison ou de jugement, suivant la sentence de ceux qui se nomment eux-mêmes des hommes et dépassent par leur férocité les bêtes sauvages ?
Mais ce sont des êtres raisonnables et ils s'expriment en langage articulé.
Et comment savent-ils si ce que je fais je ne le fais pas avec mes raisons et si ce langage que j'émets n'est pas formé des mots de ma race, que nous seuls pouvons comprendre ?
Demande à la Piété ce qui est le plus juste : que je sois tué, que je sois sacrifié, ou que l'homme bénéficie du pardon et de l'impunité pour ses fautes ? Qui a façonné le fer en épée ? N'est-ce pas l'homme ? Qui a fait subir la défaite aux peuples, l'esclavage aux nations ? N'est-ce pas l'homme ? Qui a concocté et versé insidieusement à des parents, à des frères, à des épouses, à des amis, des breuvages mortels? N'est-ce pas l'homme ? Qui a imaginé ou médité des forfaits si nombreux que dix mille volumes d'annales ou de journaux ne pourraient pas même les contenir ? N'est-ce pas l'homme ? Ainsi cela ne te semble-t-il pas cruel, féroce, monstrueux, ô Jupiter, et aussi injuste et barbare que je sois tué, immolé, pour que tu sois apaisé et que des criminels obtiennent l'impunité ?"

Traduction élaborée avec la collaboration des élèves latinistes d'hypokhâgne
du lycée Jeanne d'Arc, Rouen.
Jean-Louis Gourdain

retour